Ce que je n’ai pas lu à Thessalonique/What I Didn’t Read in Thessaloniki

Maxime Raymond Bock at the Language From Canada – Between Two Languages and Many Cultivars panel. Photo credit Thessaloniki Book Fair.

Photo credit Thessaloniki Book Fair.

Francophonie were the guest of honour at Greece’s Thessaloniki International Book Fair this past May. We wanted to publish Maxime Raymond Bock’s blog post in the original French text with the full English translation (translated by Melissa Bull) to follow it. If you’d also like to see the thoughts of all three authors who attended—Maxime Raymond Bock, Shari Lapena and Alissa York—then check out From Thessaloniki, With Love: Canadian Authors in Greece.

Enjoy!

Ce que je n’ai pas lu à Thessalonique

By Maxime Raymond Bock

Dans le taxi qui me menait de l’aéroport à Thessalonique, je regardais au loin, dans la chaleur, onduler les montagnes sombres et les maisons trapues sous leur toit en bardeaux de grès ocre, en me demandant quelles surprises m’attendaient dans ce pays dont je ne connaissais que quelques philosophes et des familles de Dieux mythiques quelque peu intriquées. Je cherchais quels points me rapprochaient de ces lieux méconnus, excité à l’idée de venir parler d’une littérature qui, elle aussi, je m’en doutais, y serait tout aussi méconnue.

Un échange de découvertes, en somme: le voyageur ne peut pas que prendre, il doit aussi savoir donner, même si ce qu’il offre au pays qu’il visite n’est qu’infime. Je ne trouvais dans nos clichés folkloriques respectifs que bien peu de points de comparaison: huile d’olive ou couenne de porc? Ouzo ou caribou? Sirtaki ou set carré? Climat méditerranéen ou incessantes tempêtes de neige? Rien de tout cela n’atténuerait le dépaysement.

Mais j’étais invité pour la littérature, et c’est en effet grâce à la langue, après un détour de quelques millénaires, que je sentais pouvoir m’identifier à ces lieux : « acoustique », «mélancolie », « scepticisme », « dactylo », « diapason » et combien d’autres mots de la langue qui me permet de concevoir le monde sont issus de l’ancien grec… Et l’invitée d’honneur du salon du livre de Thessalonique était la Francophonie. Une occasion inespérée de me sentir chez moi si loin.

Maxime Raymond Bock at a Francophone event

Maxime Raymond Bock at a Francophone event

Bien des choses agréables se sont produites en Grèce pour notre équipe du IFOA : la rencontre des étudiants du collège Pinewood, les entrevues et panels au Salon du livre sur ce qui distingue les littératures canadienne et québécoise, des dons de livres à l’ambassade du Canada en Grèce (il est réjouissant pour un écrivain de savoir que ses livres voyagent et trouveront peut-être des lecteurs inattendus de l’autre côté de la terre). Nous avons aussi visité, dans les montagnes sombres que j’avais observées de loin à mon arrivée, des sites archéologiques inouïs. Difficile de ne pas être bouleversé par le tombeau de Philippe II de Macédoine, père d’Alexandre le Grand, et par la cité sur laquelle il a régné, Pella, dont l’agora est lentement mise au jour par les archéologues. Les thermes, l’atelier de poterie, quelques mosaïques exceptionnelles sont accessibles aux visiteurs et forcent à la méditation et à la constatation de notre petitesse à l’échelle de l’histoire.

Mais le fait saillant de mon voyage, qui concerne lui aussi l’écriture, je n’ai pu le voir, il est toujours enfoui sous la terre. Au nord-ouest de l’agora, les ruines protégées des intempéries par un large auvent et délimitées par des clôtures — traversées sans vergogne par les chiens errants qui nous ont accompagnés durant notre visite — sont celles des archives de la cité. Je pouvais voir derrière les clôtures des morceaux de colonnes effondrées, des pierres et des coquelicots en abondance, et m’imaginais les papyrus et les plaquettes gravées qu’il s’y trouve encore à découvrir et à déchiffrer. Peut-être y a-t-il encore là des relevés commerciaux, des archives administratives, des décrets politiques, des poèmes et des chansons, des récits mythiques qui nous forceront à repenser notre connaissance des lieux et de l’époque. Voilà ce qui m’a le plus impressionné durant ce voyage dédié à la littérature. Ce qui n’a pas encore été lu.


Photo credit Thessaloniki Book Fair.

Photo credit Thessaloniki Book Fair.

What I Didn’t Read in Thessaloniki

By Maxime Raymond Bock

Translation by Melissa Bull

From the taxi that brought me from the airport to Thessaloniki, I looked into the distance, in the heat, at dark, undulating mountains, at stocky houses under ochre sandstone shingles, wondering what surprises awaited me in a country of which I knew only a few philosophers, and the somewhat intricate families of its mythical gods. I looked for points of reference that might draw me closer to these unfamiliar parts, and I was excited to come speak about a literature that, I suspected, would be equally as unfamiliar.

An exchange of discoveries, in short. A traveller can’t just take, but must also know how to give. Even if they can offer the country they visit only very little in return. I found few points of comparison in our respective folkloric clichés. Olive oil or pork rinds? Ouzo or caribou? Sirtaki or square dancing? A Mediterranean climate or ceaseless snowstorms? None of these comparisons eased my sense of displacement.

But it was literature that brought me to Greece, and it was, after a detour of a few millennia, thanks to the language—to words like “acoustics,” “melancholy,” “skepticism,” “dactylo,” “diapason,” [“tuning fork,”] and countless other words derived from ancient Greek that allow me to perceive the world—that I was able to find myself in this place … And the Francophonie was the guest of honour at the 2018 Thessaloniki Book Fair. An unexpected opportunity to feel at home while so far away.

Alissa York and Maxime Raymond Bock being interviewed for the Fair's documentary

Alissa York and Maxime Raymond Bock being interviewed for the Fair’s documentary

Many enjoyable things happened in Greece with the IFOA team. Meeting with Pinewood College students, interviews and panels at the Book Fair on the differences between Canadian and Québec literature, book donations at the Canadian Embassy (it’s good to know our books are travelling and might find unexpected readers on the other side of the Earth). We also visited, in the dark mountains I’d observed on my arrival, incredible archaeological sites. It’s difficult to remain unmoved by the tomb of Philip II of Macedon, Alexander the Great’s father. Pella, the city he ruled—whose agora, complete with thermal baths, a pottery workshop, and several exceptional mosaics, is slowly being revealed by archaeologists and is accessible to visitors—provokes us to observe and consider the smallness of our lives on the scale of history.

But the highlight of my trip, which also concerns writing, I could not see. It is still buried beneath the ground. Northwest of the agora, the ruins are protected from the weather by a large awning and delimited by fences—shamelessly criss-crossed by the stray dogs that accompanied us on our visit. These are the ancient city’s archives. From behind the fences, I saw pieces of collapsed columns, stones, a profusion of poppies; I imagined the papyrus and engraved plaques yet to discover and decipher. Perhaps there are still commercial or administrative records, political decrees, poems and songs, mythic tales that will challenge our knowledge of this place and its history. That’s what most impressed me on this literary trip. What has not yet been read.